Je suis insignifiant parmi cette horde d'hypocrites qui se poussent, se bousculent, s'écrasent. C'est incroyable ce que l'on peut remarquer chez les hommes lorsque l'on reste assis sur le trottoir à quémander ne serait-ce qu'une bouchée de pain nécessaire à la survie.
J'observe tous les jours cette femme austère qui passe devant mon vulgaire abri; sa fatuité me fascine. Ses enfants la suivent au pas et elle avance, déterminée tel un barracuda. Nul n'ose l'interrompre dans son élan nourri d'agressivité, les badauds s'écartent sur son passage. Son air narquois est souligné par un rictus malsain, le martèlement de ses hauts talons m'informe de son allure, je trésaille; son assurance est déstabilisante, elle met en avant sa supériorité en simulant une expression pédante qui n'aboutit qu'à une horrible grimace.
Elle s'est arrêtée nettement devant moi: son regard méprisant s'impose; elle crie, hurle, aboie, crache des paroles incompréhensibles. Sa grâce, malgré son impulsivité s'évanouit soudain. Elle fait part de son sentiment acerbe de dégoût à mon égard. Et, prenant des airs d'indifférence, tourne les talons avec nonchalance et se sauve aussi vite qu'elle m'est apparue, toujours suivie de son ignoble progéniture.